Le Golfe accélère ses investissements en Afrique du Nord : une stratégie économique et géopolitique

Le Golfe accélère ses investissements en Afrique du Nord : une stratégie économique et géopolitique

Ces dernières années, les fonds souverains des Émirats arabes unis et de l’Arabie saoudite ont intensifié leurs investissements en Afrique du Nord, notamment au Maroc, en Égypte et en Tunisie. Portés par une volonté de diversification économique et par des liens diplomatiques de plus en plus étroits, ces investissements concernent des secteurs stratégiques tels que les infrastructures, l’immobilier, l’énergie, l’agriculture et la finance. Au-delà des retombées économiques pour les pays africains concernés, cette dynamique reflète une ambition plus large : consolider l’influence économique du Golfe sur la région.

L’Égypte, un marché prioritaire pour Riyad et Abu Dhabi

L’Égypte est l’un des principaux bénéficiaires des investissements saoudiens et émiratis.
Depuis plusieurs années, les fonds souverains du Golfe participent activement au financement de grands projets d’infrastructure, à l’achat de participations dans des entreprises locales et à la modernisation de secteurs clés.


Le Fonds public d’investissement saoudien (PIF) a joué un rôle central en lançant, en 2022, la Saudi Egyptian Investment Company (SEIC), destinée à investir dans l’économie égyptienne. Avec une enveloppe pouvant atteindre 24 milliards de dollars, cette initiative vise des secteurs stratégiques comme l’immobilier, l’énergie, les télécommunications et la logistique. L’acquisition de participations dans des sociétés égyptiennes, notamment dans le domaine bancaire et industriel, s’inscrit dans une volonté de Riyad de renforcer son ancrage économique en Égypte.


Du côté des Émirats arabes unis, ADQ (Abu Dhabi Developmental Holding Company) a investi plus de 10 milliards de dollars en Égypte ces dernières années, avec des acquisitions majeures dans les secteurs de la santé, de l’énergie et des transports. En 2022, ADQ a notamment acheté des parts dans plusieurs banques et compagnies d’engrais égyptiennes, renforçant ainsi la présence des Émirats dans le tissu économique du pays.


L’intérêt du Golfe pour l’Égypte ne se limite pas aux investissements financiers. L’aide économique et les fonds injectés servent également à stabiliser un partenaire régional clé, qui joue un rôle central dans les équilibres du Moyen-Orient.

Le Maroc, terre d’opportunités pour les fonds émiratis

Le Maroc est une autre destination privilégiée pour les fonds souverains du Golfe, notamment ceux des Émirats arabes unis. Abu Dhabi et Dubaï y ont injecté des milliards de dollars, principalement dans les secteurs de l’immobilier, du tourisme, des énergies renouvelables et des infrastructures.

L’Abu Dhabi Investment Authority (ADIA) et Mubadala sont particulièrement actifs dans le pays. ADIA a massivement investi dans l’immobilier de luxe et les infrastructures touristiques, notamment à Casablanca, Marrakech et Tanger. Mubadala, quant à lui, s’est engagé dans des projets stratégiques dans le domaine de l’énergie solaire et éolienne, accompagnant ainsi la transition énergétique du Maroc.

Les énergies renouvelables représentent d’ailleurs un axe clé des investissements émiratis. Le Maroc, qui ambitionne de devenir un leader régional en matière d’énergie propre, attire les investisseurs du Golfe grâce à des projets majeurs comme le complexe solaire Noor à Ouarzazate, l’un des plus grands du monde. Les capitaux émiratis permettent de financer ces infrastructures, tout en garantissant à Abu Dhabi une position stratégique sur le marché de l’énergie verte.

Dans le domaine financier, Dubaï et Abu Dhabi investissent également dans les banques marocaines et les start-ups technologiques, contribuant ainsi à l’essor de l’innovation dans le pays.

Une présence plus discrète mais croissante en Tunisie

Contrairement au Maroc et à l’Égypte, la Tunisie attire moins d’investissements du Golfe, en raison de sa situation économique plus fragile et de son climat politique instable. Cependant, certains fonds souverains, notamment émiratis et koweïtiens, commencent à s’y positionner.

Les secteurs de l’énergie, de l’agriculture et des télécommunications sont les principales cibles des investisseurs du Golfe en Tunisie. Abu Dhabi et Riyad explorent des opportunités dans les projets solaires et les infrastructures logistiques, tandis que le Fonds koweïtien pour le développement économique arabe finance plusieurs projets dans les transports et l’accès à l’eau.

Si la Tunisie ne représente pas encore un marché majeur pour les fonds souverains du Golfe, la situation pourrait évoluer avec l’amélioration du climat des affaires et l’adoption de réformes économiques favorisant les investissements étrangers.

Des investissements motivés par des enjeux économiques et stratégiques

L’essor des investissements du Golfe en Afrique du Nord s’inscrit dans une double logique. D’une part, il répond à un besoin de diversification des économies du Golfe, encore largement dépendantes des hydrocarbures. En investissant dans des secteurs stratégiques au Maghreb et en Égypte, les pays du Golfe sécurisent de nouveaux relais de croissance et créent des opportunités de synergies économiques.

D’autre part, ces investissements s’inscrivent dans une dynamique géopolitique. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis cherchent à consolider leur influence en Afrique du Nord, une région où la Turquie, la Chine et les puissances occidentales sont également très présentes. En finançant des infrastructures et en participant à des projets de grande envergure, Riyad et Abu Dhabi renforcent leur ancrage diplomatique et leur rôle de partenaires économiques privilégiés.

Une tendance appelée à s’intensifier

Avec la montée en puissance des fonds souverains du Golfe, les investissements en Afrique du Nord devraient continuer à croître dans les années à venir. La Vision 2030 de l’Arabie saoudite et les plans de diversification des Émirats encouragent ces stratégies d’expansion. L’enjeu pour les pays nord-africains sera de tirer pleinement profit de ces capitaux en orientant les investissements vers des secteurs créateurs d’emplois et de valeur ajoutée, tout en assurant une régulation équilibrée pour préserver leur souveraineté économique.

Si ces investissements sont bien gérés, ils pourraient constituer un levier puissant pour le développement de la région, en favorisant l’industrialisation, l’innovation et la modernisation des infrastructures. Une nouvelle ère de coopération économique entre le Golfe et l’Afrique du Nord semble donc se dessiner, avec des bénéfices potentiels pour toutes les parties impliquées.

Sources :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fonds_public_d%27investissement_d%27Arabie_saoudite

https://www.atalayar.com/fr/articulo/economie-et-entreprises/projets-dinvestissement-emiratis-au-maroc-multiplient/20240403061000198223.html

https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/aa549f58-31ad-473b-ae7c-9c8a6f7dc354/files/8ec101aa-4823-461e-b391-1ea700d97a10

https://www.frstrategie.org/programmes/observatoire-du-monde-arabo-musulman-et-du-sahel/fonds-souverains-golfe-2019

https://www.forbes.fr/business/le-fonds-souverain-darabie-saoudite-mise-sur-lia-avec-mistral-et-databricks/