Vers de nouvelles frontières : Le Golfe conquiert le marché des data centers
En 2025, on recense près de 4 800 centres de données à travers le monde. Aujourd’hui, 5 % d’entre eux sont situés dans la région MENA GCC (Moyen-Orient et Afrique du Nord et pays du Golfe), un chiffre appelé à croître. Le mois dernier, plus de 21 milliards de dollars investissements ont été annoncés en Arabie saoudite pour développer ces infrastructures stratégiques. Alibaba Cloud a, de son côté, investi 238 millions de dollars pour renforcer les capacités du cloud et de l’intelligence artificielle. Avec sa transformation numérique accélérée, le royaume saoudien incarne le virage digital que prend progressivement l’ensemble du MoyenOrient. Riyad prévoit également 2 milliards de dollars d’investissements dans le spatial, notamment via la création de Neo Space Group. Ainsi, à mesure que la transition numérique s’accélère à l’échelle mondiale, le Golfe se positionne comme une nouvelle plaque tournante des centres de données. Entre infrastructures de pointe, ambitions gouvernementales et essor des villes intelligentes, la région affiche une dynamique comparable à celle de la Chine, avec une superficie similaire (7,27 millions de km² contre 9,60 millions de km²) et un parcours historique marqué par une industrialisation rapide.
Panorama des data centers dans le Golfe persique : l'émergence des leaders régionaux
Parmi les dix-sept États qui bordent le bassin méditerranéen, 239 data centers sont en activité. Israël en compte 56, suivi de près par l’Arabie saoudite avec 35, et les Émirats arabes unis, qui en recensent 32. On trouve également 20 data centers en Iran et 14 en Égypte. Il existe même un data center en Cisjordanie, à Ramallah : le Zone Data Center, situé dans le Masrouji Building. Cette entreprise palestinienne, fondée en 2008, s’est hissée parmi les leaders des services de cloud, grâce à ses solutions d’entreprises efficaces et rapides. Cet exemple notable témoigne du fait que l’hétérogénéité géographique, économique et politique de la région moyen-orientale est transcendée par les ruptures technologiques, propices au développement.
Fort de ses dernières avancées technologiques, les Émirats arabes unis suivent le filon de l’intelligence artificielle via des centres de données toujours plus performants. Le prochain sera le fruit d’une collaboration avec l’Élysée. Le 6 février dernier, Mohamed ben Zayed Al-Nahyane et Emmanuel Macron se sont entretenus au sujet d’un campus centré sur l’IA, dont la capacité de calcul pourrait atteindre un gigawatt. Ce projet, dont les investissements seraient compris entre 30 et 50 milliards d’euros, illustre une nouvelle fois la démarche de transition vers une économie post-pétrole déjà entamée par MBZ.
Les alliances se multiplient pour renforcer l’écosystème local. L’opérateur qatari Ooredoo, présent également au Koweït et en Algérie, a récemment signé un partenariat avec le géant américain Iron Mountain, leader mondial de la gestion de l’information. Objectif : accélérer la croissance des centres de données dans la région MENA GCC, en combinant ancrage local et expertise mondiale. En facilitant l’obtention des permis de construire et en misant sur les villes intelligentes, les gouvernements du Golfe redéfinissent la manière dont les infrastructures numériques se déploient.
Marché des data centers en plein essor : Les pays du Moyen Orient sur une trajectoire chinoise ?
Selon le rapport 2024 de Modor Intelligence, le marché des data centers au Moyen-Orient est actuellement fragmenté, avec les cinq principaux acteurs représentant seulement 29 % du marché. Parmi eux, Bezeq International General Partner Ltd, EdgeConneX Inc. et Etihad Etisalat Company se disputent une industrie en pleine effervescence. Les chiffres sont parlants : avec un volume de marché estimé à 1,46 millier de MW en 2024 et un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 14,80 % d’ici 2029, le secteur devrait atteindre 3,23 millier de MW à cette échéance. Les Émirats arabes unis se distinguent comme le hub principal en 2023, grâce à une infrastructure en fibre optique avancée et une politique favorable à l’implantation de centres de données. L’Arabie saoudite, quant à elle, connaît la croissance la plus rapide, portée par une stratégie d’investissement de 18 milliards de dollars lancée en 2021.
La comparaison avec la Chine s’impose naturellement. Le géant asiatique, qui comptait 443 data centers en 2022, vise un TCAC de 15 % d’ici 2029. Cette ambition repose sur une industrialisation amorcée dès les années 1970 et une ouverture économique impulsée dans les années 1980 sous l’égide de Deng Xiaoping. Une dynamique que l’on retrouve aujourd’hui au Moyen-Orient, où les gouvernements injectent massivement des capitaux pour structurer une économie numérique robuste. Si les États-Unis restent largement en tête avec 2 701 data centers et un TCAC de 14 % entre 2025 et 2034, la région MENA affiche un potentiel de rattrapage certain, grâce à des initiatives comme celles de l’Arabie saoudite et des Émirats. L’indice de localisation des data centers d’Arcadis place d’ailleurs les Émirats en tête pour la pénétration du haut débit mobile, un atout clé pour attirer les investisseurs.
Réduire l'empreinte énergétique : Les solutions aux défis des data centers
Malgré son potentiel de croissance, le marché des data centers doit relever plusieurs défis majeurs, principalement en matière de consommation énergétique et d'impact environnemental. Un centre de données nécessite de grandes surfaces et consomme en moyenne plus de 20 kW. L’efficacité énergétique devient donc un enjeu crucial, notamment à travers des systèmes de refroidissement optimisés et la récupération de chaleur.
La durabilité repose sur plusieurs leviers : la taille du centre de données, la sécurité des installations, la source d’énergie utilisée et la gestion intelligente des ressources. La consommation énergétique des centres de données varie en fonction de leur modèle d’exploitation. Trois grandes catégories se distinguent :
• Les data centers sur site (On-Premise), détenus et exploités directement par les entreprises, qui garantissent un contrôle total sur les données et leur sécurité. C’est notamment le cas en Arabie saoudite, où Saudi Aramco possède et gère ses propres infrastructures pour assurer la confidentialité de ses systèmes d’information.
• Les data centers managés, soit, des infrastructures pilotées par des fournisseurs spécialisés offrant des services d’hébergement et de gestion des données. Aux Émirats arabes unis, par exemple, Equinix, leader mondial du secteur, opère plusieurs centres à Dubaï, permettant aux entreprises de bénéficier de solutions sécurisées sans investir massivement dans leurs propres installations.
• Le modèle du Cloud computing, qui optimise et mutualise les infrastructures sous la bannière d’un géant technologique, tel qu’Amazon Web Services, Microsoft Azure ou Google Cloud.
Le cloud computing, en optimisant la mutualisation des infrastructures, représente une solution efficace pour réduire l’empreinte carbone des entreprises. Les opérateurs cloud investissent dans des infrastructures virtualisées, la gestion automatisée des serveurs et l’optimisation de la localisation géographique de leurs services. Ils développent également des data centers moins énergivores, en misant sur des énergies bas carbone et des solutions de refroidissement avancées. Une étude publiée par le cabinet de conseil Capgemini souligne à cet égard que, grâce à sa qualité d’infrastructure virtualisée et à la gestion automatisée des serveurs, le cloud computing représente le modèle idéal pour réduire l’empreinte carbone des entreprises de manière significative. Cette option progresse progressivement dans la région. Au Bahreïn, depuis 2019, des infrastructures établies par le géant Amazon Web Services (AWS) ont permis aux entreprises, start-ups ainsi qu’au gouvernement d’accéder à des services cloud en toute sécurité.
Surfant sur la tendance du cloud, le royaume saoudien renforce lui aussi son positionnement avec le lancement d’Alibaba Cloud à Riyad. Développé en partenariat avec Alibaba Group, eWTP Arabia, Saudi Company for Artificial Intelligence et la Saudi Information Technology Company (SITE), Alibaba Cloud vise à doter le pays d’une infrastructure cloud de pointe, capable d’accélérer la transformation numérique et de renforcer sa souveraineté technologique.
Les progrès scientifiques et l’enrichissement de la littérature technologique laissent entrevoir un avenir plus optimiste que celui prédit par les Cassandres du misonéisme. Grâce à une projection immatérielle des services de collecte des données, les retombées économiques et climatiques pourraient être sensiblement atténuées. Comme le dit l’expression : "Every cloud has its silver lining."
Sources :
Capgemini : L’apport du cloud pour un numérique responsable Data Center Map : Middle East
Data Centers Data4 : Qu'est-ce qu'un datacenter ? France Info : article publié le 07/02/2025
Investment Monitor : Amazon's hyperscale data centre accelerate Bahrain's digital transformation
Turner & Townsend : An in depth look at data centers in the Middle East